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Play-boy.


"Carton Bridget", 1978, stylo bille et collages sur carton, 105 x 73 cm.

« Ah pourquoi pepita, sans répit m’épies-tu ?

dans un pré pépita, pourquoi te tapies tu ?

Tu m’épie sans pitié, c’est piteux de m’épier…

De m’épier pépita, pourrais tu te passer ? » (À répéter de plus en plus vite!)


Gaga.

Le dessin-peinture intitulé "Fantasmes" de 1978 a été réalisé à la gouache noire et blanche pour l’image du haut et au stylo bille noir pour l’image du bas. En bas, deux soeurs prennent un bain bien mérité après avoir repeint entièrement nues, leur nouvel "appart." et en haut sont représentés deux héros d’un célèbre photo-roman de l’époque, dans la scène récurrente du baiser amoureux. L’oeuvre sur papier intitulée "Carton Bridget", 1978, est dessinée au stylo bille noir et complétée de collage et écritures diverses. Elle représente un jeune couple d’amoureux les pieds dans l’écume d’un bord de mer. Ils sont entourés de collages, eux-mêmes accompagnés de petits textes. Un trait relie chaque collage à une partie du corps féminin ou masculin. Ces collages sont des photos de nues extraites de magazines comme "Play-boy", "Lui" ou "Pentouse". Elles sont découper avec précision pour enlever toutes traces parasites de visage, chevelure, vêtement bijoux et autres objets qui pourraient perturber la lecture de ces carnations ensoleillées. A un autre moment de mon effervescence artistique, j’ai fait une série qui s’appelait "Baiser de stars", je ne sais pas si les amoureux s’embrassaient sur la bouche, avec ou sans la langue, avant que le cinéma n’exploite ce filon “Grand public”, mais ce que je peux dire c’est qu’à force d’explorer ce type de production cinématographique, je ne pensais pas qu’il y eut jamais autant d’acteurs pour s’embrasser sous les sunlights, ni autant d’auteur et de rélaisateurs pour illustrer chaque mot du dictionnaire des fantasmes et des perversions jusqu’à W (1). Presque toutes les fictions possédaient ce genre de scène et la tendance s’emballant il devint possible d’en voir dans les documentaires sur le développement durable ou les reportages de guerre. Tout çà a bien vieilli! Les corps aussi, il reste une sorte de langage passé du X à Y puis Z.

A Londres, dans ces années là, j’avais rencontré un artiste "performer" qui tous les matins et tous les soirs, après et avant chaque nuit, s’auto photographiait dans son cabinet de toilette. Il tirait son portrait en 35 mm., couleur ektachrome, avec toujours le même cadre, fond et éclairage. De temps en temps il montait en bout à bout ces photogrammes et en faisait une projection pour son "fan club". On voyait ses traits vieillirent de 1 ans et 97 jours en 2 minutes. C’était horrible, l’artiste présentait ce film comme une oeuvre réaliste originale sur l’autoportrait. C’est vrai que si l’on regardait une seule de ses photos tirée sur papier, c’était très bien, en fait, c’était l’enchaînement qui était invivable, insupportable à regarder. Il comptait réaliser en image de fin, un arrêt sur image. Cette aventure m’avait quand même bien questionné car à mon retour sur Paris, je me demandais comment les couples qui avaient déroulé le fil de plus de cinquante et plus de vie commune, une fois arrivé à la ménopause et à l’andropause pouvait se remémorer le temps passé qui semblait n’avoir jamais outragé leur corps. J’observais leur image indésirée d’être devenus impropres à la reproduction, attendant la retraite.

Dans "Portrait de l’Artiste en Travailleur, Métamorphose du capitalisme" (2), Pierre-Michel Menger essaie de nous décrire ce qui se passe actuellement en matière d’innovation : « (…) le temps n’est plus aux représentations héritées du XIXe siècle, qui opposaient l’idéalisme sacrificiel de l’artiste et le matérialisme calculateur du travail, ou encore la figure du créateur, original, provocateur et insoumis, et celle du bourgeois soucieux de la stabilité des normes et des arrangements sociaux. Dans les représentations actuelles, l’artiste voisine avec une incarnation possible du travailleur du futur, avec la figure du professionnel inventif, mobile, indocile aux hiérarchies, intrinsèquement motivé, pris dans une économie de l’incertain, et plus exposé aux risques de concurrence interindividuelle et aux nouvelles insécurités des trajectoires professionnelles. Comme si, au plus près et au plus loin de la révolution permanente des rapports de production prophétisée par Marx, l’art était devenu un principe de fermentation du capitalisme. Comme si l’artiste lui-même exprimait à présent, avec toutes ses ambivalences, un idéal possible du travail qualifié à forte valeur ajoutée.

L’agir humain expressif n’est rien s’il n’est affronté à l’incertain. »

Jean-Bernard Pouchous - 2005.

Bibliographie :

-1- Branda B. Love, trad. Olivier Philippe, Dictionnaire des fantasmes et perversions, éd. Blanche, 1991.

-2- Pierre-Michel Menger, portrait de l’artiste en travailleur, éd. Seuil, 2002.

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