Picasso - Dora


"D'après Pablo Picasso - Dora", 2018, acrylique sur toile, 35 x 24 cm.

« Pour moi, admet-il, [Dora] est une femme qui pleure. Pendant des années, je l’ai peinte en formes torturées, non par sadisme mais par plaisir. Je ne pouvais que donner la vision qui s’impose à moi, c’était la réalité profonde de Dora. » Picasso.


Dora.

La peinture intitulée " Pablo Picasso, Dora ", a été peinte d’après " Buste de femme au chapeau (Dora)" (1939), de Pablo Picasso (1881-1973), huile sur toile (55 x 46.5 cm.) conservée à la Fondation Beyeler, Riehen, Basel.

Pablo Picasso a peint le portrait de Dora Maar (1907-1997), égérie surréaliste. Henriette Théodora Markovitch de son vrai nom, est née à Paris en 1907 d'un père croate, architecte, et d'une mère française, catholique fervente. Après une enfance austère passée à Buenos Aires, elle revient à vingt ans dans sa ville natale et s'y impose comme photographe surréaliste. Muse de Man Ray (1890-1976), compagne du cinéaste Louis Chavance (1907-1979) puis de Georges Bataille (1897-1962), elle ne tarde pas à faire sien un cercle esthétique qui révolutionne le monde de l'art de l'entre-deux-guerres (1).

La peinture « n’est jamais chaste », aimait à dire Picasso. Quand il rencontre Dora Maar, il a 54 ans, elle en a 28. Sa vie est depuis longtemps un collage de liaisons fatales et violentes, à l’égal de ce que l’artiste réclame de l’art, de la fureur et de l’énergie…

Ils se rencontrent à la terrasse des Deux Magots présentés par Paul Eluard. Amie de Breton et de Brassaï – qui la forma avec Man Ray à la photographie – elle dirige un studio où elle fait poser mannequins et figures du Tout-Paris d’alors. Son tempérament affirmé plaît à Picasso, il aime en elle sa liberté, son assurance presque virile (elle s’habille d’ailleurs souvent en homme), son autorité naturelle et le feu intérieur qui la brûle et dont il a pressenti la violence inspiratrice.

Les années de plomb suivent, l’histoire autodestructrice européenne s’invite dans la vie euphorique et créative de Saint-Germain-des-Prés. La guerre d’Espagne , le parti des Républicains espagnol, lance l’aventure de " Guernica " une commande du gouvernement de Francisco Largo Caballero pour le pavillon espagnol de l'Exposition universelle de Paris de 1937. Dora Maar suivra la progression de l’œuvre en exécutant un véritable reportage sur le tableau en train de se faire : c’est une première en photographie et Dora s’y investit pleinement immortalisant toute la progression créatrice de la réalisation du plus grand chef d’œuvre de l’art du XXe. siècle. (2)

Abandonnant la photographie elle devient son modèle. Picasso lui consacrera de très nombreux tableaux dont, pour certains, il ne se séparera jamais. Tous deux traversent ainsi la guerre, dans les affres d’une passion à la fois dévorante et castratrice pour Dora. Dora sert finalement l’œuvre de Picasso : elle est l’icône de l’Espagne meurtrie, ses grands yeux noirs et sa chevelure épaisse la présentent comme une Madone.

Sans état d’âme, Pablo Picasso la quittera à la libération, en 1945. Suivront pour Dora Maar des années de dépression et de souffrance psychique. Internement psychiatrique, traitements violents, solitude, cure psychanalytique avec Jacques Lacan (1901-1981) ; elle se retire dans le Lubéron où Picasso lui achète une maison. Elle se tournera vers la religion catholique, vivant une expérience quasi mystique qui servira son œuvre picturale personnelle.

Jean-Bernard Pouchous.

Bibliographie :

-1-Alain Vircondelet, Amours fous, passions fatales : Trente vies d'artistes, éditeur : Beaux Arts éditions, 2017.

-2-Alicia Dujovne Ortiz, Dora Maar : Prisonnière du regar, éditeur : Le Livre de Poche, 2005.

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