AN ZERO


"Affiche - Cirque Ouiquenne" , 1979, acrylique sur papier, 200 x 150 cm.

« Jeunesse et adolescence ne sont qu’abus et ignorance. » François de Montcorbier dit Villon (1431-1463) (1).


Le cirque.

L’An zéro, c’est 1954, date d’une publication nouvelle appelée "Zéro", un journal satirique de colportage dont l’un d’eux était Georges Bernier alias le Professeur Choron en personne qui créa plus tard avec François Cavanna "Le journal bête et méchant Hara-Kiri" (1960/1986). Nos joyeux compères lance en 1969 "Hara-kiri-hebdo" très connu pour avoir en novembre 1970, tiré en couverture de façon sobre, sans aucun dessin, "Bal tragique à Colombey - un mort" suite au décès du général de Gaulle (2) et à l’incendie de la discothèque de Saint Laurent du Pont en Isère, qui avait fait 146 morts (3). 1970 fut un choc et la décennie qui suivie fut cruciale pour le monde occidental. Jusque là comme le jeune roi Louis XIV qui vécu longtemps dans le style Louis XIII, les français vivaient encore comme dans l’avant-guerre où la guerre. Brusquement le choc pétrolier, l'irruption du terrorisme, les convulsions de l'après-1968, la menace nucléaire intercontinentale, le début de l'informatisation et de l’écologie, la crise du passage du keynésianisme aux politiques néo-libérales, la construction européenne, l’effervescence culturelle tout azimut, plongea la France dans un style identitaire nouveau. Manifestation n° 1, "Hara-kiri-hebdo" est interdit de paraître par le ministre de l’intérieur, Raymond Marcellin (1914-2004) (4). Faisant fi de l’interdiction, l’équipe décide que le journal doit continuer à paraître et trouve la parade en changeant son titre : il devient "Charlie Hebdo". Le journaliste et dessinateur Pierre Fournier, qui signe alors "Jean Nayrien Nafoutre de Sayquonlat" fait partie de l’équipe dès 1966, il reste dans les esprits comme un pamphlétaire, un militant pacifiste et le précurseur du mouvement écologiste français.

"Nanar" est un terme familier qui désigne un oeuvre cinématographique mal réalisée et ridicule qu’il en devient involontairement amusant et comique. Ce terme diffère du "navet" par son aptitude à divertir. Le nanar amuse par ses défauts, tandis que le navet est simplement mauvais et ennuyeux, en référence au goût fade du légume du même nom. L’An 01 est emblématique de ce genre typiquement masculin, ça sent l’opportunisme juteux à plein nez.

L’ "An 01" est un film français sorti en salle en 1973 et réalisé par Jacques Doillon (1944-…) (5), Alain Resnais (1922-…) (6) et Jean Rouch (1917-2004) (7), il est adapté de la bande dessinée du même nom de Georges Blondeau (1929-2004) dit Gébé (8). Film contestataire franchouillard des années 1970, il aborde des thèmes aussi variés que l’écologie, la négation de l’autorité, l’amour libre, la vie en communauté, le rejet de la propriété privée et du travail. Le film narre un abandon utopique, consensuel et festif de l’économie de marché et du productivisme. La population décide d’un certain nombre de résolutions dont la première est « On arrête tout » et la deuxième « Après un temps d’arrêt total, ne seront ranimés - avec réticence - que les services et les productions dont le manque se révélera intolérable. Probablement : l’eau pour boire, l’électricité pour lire le soir, la TSF pour dire « Ce n’est pas la fin du monde, c’est l’An 01, et maintenant une page de Mécanique céleste ». L’entrée en vigueur de ces résolutions correspond au premier jour d’une ère nouvelle, l’An 01. On y voit également Michel Gérard Joseph Colucci dit Coluche (1944-1986) (9), l’équipe du café-théâtre "Le Splendide" (1977) (10), les collaborateurs de "Hara-Kiri", dirigés à contre-emploi, jouant des réactionnaires nostalgiques de l’ordre ancien et du port de la cravate et Marcel Gotlib (1934-…) (11), en gardien de prison. Tout çà remonte peut-être à "Nanar, Jujube et Piette" est une série de bande dessinée française créé par Gotlib en 1962 et publiée jusqu’en 1965, dans le journal de bande dessinée "Vaillant" (1945/1969). Les personnages en sont Nanar, le garçon facétieux, Jujube, le renard malicieux, Piette, la chipie, le père Laglume, un fermier du coin et monsieur Joachim, poète et artiste fantaisiste.

« Ni vous sans moi, ni moi sans vous. » Marie de France - seconde partie du XIIe. Siècle - (12).

Monologue: Vous m’avez demandé de vous chanter une chanson. Vous me voyez (messieurs et dames) tout confus de cet honneur. Mais cela ne vous fait rien, car ma voix est fatiguée aujourd’hui je vais vous raconter une histoire. Il était une fois une jeune fille aussi belle que sage qui s’appelait (le prénom d’une des jeunes filles de l’assemblée) (ou un jeune homme beau, grand et fort) qui chantait si bien qu’après l’avoir entendu on tuait de colère tous ceux qui avaient chanté avant lui. Vous comprenez bien que dans ces conditions je lui laisse la parole.

Où est l’obscène ?

« L’athée ne nie pas Dieu et la religion, il n’y pense point. » La Bruyère (13).

« D’où la nécessité de penser la question de la pornographie. L’habituelle sophistication des rhéteurs pour savoir ce qui est ou n’est pas de la pornographie; l’abondance des discours comparatistes entre érotisme, défendable, et pornographie, indéfendable; le recours classique à la pirouette du « la pornographie, c’est l’érotisme des autres » - tout cela tourne autour d’une impossible définition. Je voudrais pour ma part raccourcir ce débat et aller directement à ce qu’en dit le Catéchisme de l’Église catholique (un fameux livre qui, article58, enseigne « tu ne tueras pas » puis, article 66, défend « dans des cas d’une extrême gravité » l’usage de la peine de mort...) Lisons : « La pornographie consiste à retirer les actes sexuels, réels ou simulés, de l’intimité des partenaires pour les exhiber à des tierces personnes de manière délibérée » ; suivent une critique et une condamnation, évidemment. On sait que « l’acte sexuel doit prendre place exclusivement dans le mariage » (article ~39o), et que tout ce qui sort le sexe de la fécondation de l’épouse doit être réprimé - onanisme, homosexualité, stupre, fornication, adultère, union libre, luxure à égalité avec le viol et la prostitution. . . On imagine donc que dissocier la sexualité de cette perspective névrotique pour en faire un spectacle à destination de tiers constitue un péché grave.» Michel Onfray (14).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie :

-1- François Villon, Poésies complètes, éd. LGF - Livre de Poche, coll. Lettres gothiques, 1991.

-2- Frankly Richard, J'ai vécu les trois jours après la mort du général de Gaulle, éd. Pensée Universelle, 1974.

-3- Philippe Chassaigne, Les années 1970 : Fin d'un monde et origine de notre modernité, éd. Armand Colin, 2008.

-4- Raymond Marcellin, L'importune verité, éd. Plon, 1998.

-5- Gébé, Jacques Doillon, Papier à lettres, éd. Buchet-Chastel, coll. Les cahiers dessinés, 2009.

-6- Stephane Goudet, Alain Resnais, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002.

-7- Jean-Paul Colleyn, Jean Rouch : Cinéma et anthropologie, éd. Cahiers du cinéma, coll. Essais, 2009.

-8- Gebe, L’An 01, éd. Gallimard, coll. Folio, 1975.

-9- Frank Tenaille, Le roman de Coluche, éd. Seghers, coll. Paroles et musique, 1986.

-10- Costa, Histoire du Cafe Theatre, éd. Buchet Chastel, coll. Documents, 1990.

-11- Marcel Gotlib, Gotlib : Les Inédits, éd. Dargaud, 2004.

-12- Marie De France, Lais de Marie De France, éd. LGF - Livre de Poche, coll. Lettres Gothiques, 1990.

-13- La Bruyère, Les Caractères, éd. LGF, livre de poche, coll. Classiques, 1976.

-14- Michel Onfray, Le souci des plaisirs : Construction d’une érotique solaire, éd. Flammarion, coll. Arthaud, 2008.

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