top of page

Raphaël - Castaglionne (1514-1515)


"D'après Raphaël - Castaglionne", 2010, acrylique sur toile, 35 x 27 cm.

« Lorsqu'on observe la vie dans son étrange creuset de souffrance et de plaisir, impossible de protéger son visage derrière un masque de verre, ou d'empêcher que des exhalaisons sulfureuses ne perturbent le cerveau et que des idées monstrueuses ou des rêves informes n'excitent l'ima­gination. Il existe des poisons si subtils qu'on est obligé, pour en connaître les pro­priétés, de se laisser contaminer par eux. Il existe des maladies si étranges qu'il faut les attraper pour en comprendre la nature. Et cependant, quelle récompense prodi­gieuse n'en tire-t-on pas ! Comme le monde entier vous devient merveilleux ! » Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray (1).


Elégie.

La peinture intitulée "D'après Raphaël - Castaglionne", a été peinte d’après "Portrait de Baldassare Castiglione", huile sur toile (82 x 67cm.), de Raphaël (1483/1520), exposée au Musée du Louvre, Paris.

Entre 1513 et 1516, Baldassare Castiglione (1478-1529) (2) se lia avec Raphaël, qui fit son portrait avec un soin très amical. Le portrait fut très certainement peint à l'occasion de l'ambassade dont le duc d’Urbino avait chargé Castiglione auprès du pape. Ce portrait séjourna dans la collection du duc d’Urbino (1631) avant de rejoindre celle du cardinal de Mazarin (1602-1661) et passa ensuite dans la collection de Louis XIV (1638-1715).

Castiglione, né d’une très ancienne et très noble famille lombarde alliée aux Gonzague de Mantoue, après avoir vécu à Rome dans un milieu très cultivé, s’établit à la cour d’Urbino, qui était alors, la plus raffinée d’Italie. Gentilhomme, homme de guerre, diplomate, humaniste, le poète écrivit un ouvrage intitulé "Il Cortegiano" (Le Livre du courtisan) une œuvre unique, l'œuvre de toute une vie, publié en 1528, un des livres les plus célèbres de la Renaissance italienne, qui servit par la suite de manuel de savoir-vivre dans les cours européennes. Il s’agit de la description du « courtisan idéal », écrit d'après les discussions ou "conversations" pleines d'esprit, de grâce et de désinvolture, de poésie aussi, qu'échangent des amis, courtisans de la cour du duc d’Urbino entre 1504 à 1513.

L'idéal chevaleresque du Moyen Agé et l'idéal culturel de l'Humanisme, les "armes" et les "lettres", s'unissent pour former un modèle qui inspirera par la suite Rabelais, Montaigne, Cervantès, Shakespeare, pour ne citer que les plus grands. Tous retiendront les leçons du "comte Baldassar" et feront de ce chef-d'oeuvre de la littérature italienne, un immense succès pendant près de trois siècles. Instrument et reflet du pouvoir monarchique à la sortie du Moyen-Âge, la cour est un lieu de représentation où se construit un nouveau modèle de maintien et de sociabilité qui s'impose à la société aris­tocratique selon un lent mais puissant processus civilisateur.

« Comme dans un laboratoire, s'y expérimentent le contrôle de soi et l'observation d'autrui, la maîtrise des émotions immodestes et des mouvements spontanés, la régulation de l'économie pulsionnelle, une définition plus exigeante de la pudeur. La société de cour, de par ses contraintes et ses règles, façonne une nouvelle structure de l'affectivité individuelle, un nouvel habitus psychique. Sa fonction historique est paradoxalement double. Elle fonde et affirme une distinction, celle qui sépare l'homme de cour du vulgaire. Mais la Cour, tout en préservant la spécificité minoritaire d'un style de vie, est aussi le point d'où se transmettent les nouvelles conduites, qui vont s'étendre aux autres couches de la société. » Norbert Elias (3).

Vers la fin de sa vie, Baldassare Castiglione fut envoyé par le pape Clément VII (1478-1534), comme nonce pontifical auprès de Charles Quint (1500-1558) qui le tenait en haute estime.

Jean-Bernard Pouchous - 2012.

Bibliographie :

-1- Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray, éd. Le Livre de Poche, coll. Classiques, 1972.

-2- Baldassar, comte de Castiglione, Alain Pons, Le Livre du courtisan, éd. Flammarion, coll. Garnier/Philosophie, 1999.

-3- Norbert Elias, La société de cour, éd. Flammarion, coll. Chmaps Essais, 2008.

L'AUTEUR
LIENS UTILES

80 X 40

ICONODULE

CRITIQUE

Par tags
Pas encore de mots-clés.
Nous suivre
  • Facebook Basic Black
  • Twitter Basic Black
bottom of page