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14-Amulettes grecques


"Amulettes grecques", 2006, acrylique sur toile, 80 x 40 cm.

« La véritable église (mosquée) est celle qui est construite au fond de l’âme. » Proverbe arabe.

Voyage.

Le prosélytisme chrétien a eu toute sorte d’objet mais le plus courant est le crucifix. Différent crucifix sont représentés sur cette peinture intitulée "Amulettes grecques", ils proviennent du dépôt d’un ami brocanteur. Il s’agissait d’un stock de plusieurs caisses de bondieuseries appartenant à un lot d’objets divers acheté à la salle des ventes de Drouot. Je suppute que pour un antiquaire aguerrit, ce lot cachait un objet commercialement beaucoup plus intéressant. J’aidais cet homme d’affaire à mettre de l’ordre dans sa réserve et nous avons jeté à la décharge tout ce qui ne l’intéressait plus. Quand j’ai vu cette accumulation d’objets sacrés, elle m’a paru être une œuvre en soi, genre "accumulation nouveaux réalistes" et je n’ai pu résister à en prendre une poignée. La statuette peinte en bas à gauche représente Minerve la déesse des techniques, des combats justes et de la sagesse. Sur son bouclier est représentée la chouette symbole antique lié à la déesse grecque Athéna, symbole ailé de la ville d’Athènes, qui frappait monnaie à son effigie. Dans le monde romain cette symbolique évolue, les termes striga (sorcière) et strix (chouette/stryge) sont utilisés en parallèle. La lance de la déesse, porte une étiquette sur laquelle est indiqué : - recto - BRONZE OXIDIZE HAND-MADE IN GRECE BY CH. SKLAVENITIS - verso - MINERVA The goddes of wisdom and letters of the arts and science. Ce petit souvenir de voyage métallique est toujours à la même place, sur un des haut-parleurs du poste de radio et sert d’antenne pour attraper quelques longueurs d’ondes antiques lointaines.

La statuette en haut à droite, représente une gazelle indienne en fer forgé.

Le fond de "Amulettes grecques"est peint en faux chêne verni brillant. Certaines personnes ont un problème avec cette peinture certainement à cause du "Mind-body problem" (1), mais "L’esprit est-il libre ?" (2).

Cette peinture "Amulettes grecques" c’est aussi une façon de protéger, elle représente des objets qu'on porte sur soi et auquel on accorde des vertus de protection et (ou) qui porte chance.

Les romains collectionnaient les statuettes de Priape, le Dieu de la chance et de la fertilité, « Va de retro Satanas » criait l’exorciseur (accusateur) chrétien en brandissant le crucifix sur la tête du possédé pour en faire sortir l’adversaire démoniaque et le confondre. Qu’il soit religieux ou païen l’objet protége du mauvais œil, vigilance donc, l’amulette repousse le mauvais sort tandis que le talisman attire l’influence bénéfique, un pouvoir sur le corps, l’âme et l’esprit.

Protection de la peinture en soi (corps), de l’auteur (âme et sentiment) et l’autre, le lecteur/regardeur (esprit et pensée).

Au cours du huitième Concile (3) de l’Eglise à Constantinople en 869 (Constantinople IV), il a été décrété la suppression de 11 e. Canon, l’âme comportant désormais une partie spirituelle. C’est de cette époque que date la confusion entre âme et esprit.

Auparavant, on associait l’esprit à la pensée et l’âme au sentiment. La "trichotomie" (corps, âme et esprit) a été remplacée par la dichotomie (corps et âme). On est donc passé d’une vision de l’homme dans laquelle l’âme équilibre le conflit entre le corps et l’esprit à une vision dans laquelle le corps s’harmonise avec l’âme ou l’esprit.

« La séparation entre l’esprit et le corps est sans doute un des concepts les plus difficiles à détruire, car fondé sur une apparente évidence. C’est lui qui distingue encore les écoles philosophiques, les sciences humaines des sciences physiques, et par exemple les psychiatries pavlovienne et freudienne, c’est-à-dire les méthodes cherchant à s’appuyer sur des mesures objectives de faits observés de celles basées sur une approche entièrement subjective et introspective des comportements humains. C’est la barrière qui persiste entre la pathologie cortico-viscérale et la pathologie psychosomatique. » Henri Laborit (1914/1995) dans "Inhibition de l’action" (4), médecin neurobiologiste, il introduisit l’utilisation des neuroleptiques (chlorpromazine) en 1951 et le GHB (gamma-hydroxybutyrate) en 1961.

Dans cette affaire l’art y a perdu son esprit, donc son âme !

L’artiste soufrait-il de "pathologie cortico-viscérale" ou de "pathologie psychosomatique" ?

Le révolutionnaire nihiliste russe Dimitri Pisarev (1840-1868) considérait l'art comme une forme inférieure de la connaissance scientifique, il prônait des actions directes et violentes pour renverser le régime afin de reconstruire, de façon scientifique, un monde qui assurera le bonheur des masses populaires. Influencé par ce révolutionnaire Pavlov (1849-1936) quitte une carrière religieuse pour s’engager dans des études scientifiques spécialisée en physiologie. Il étudie la digestion chez le chien avec un dispositif qui permet de mesurer à chaque instant la sécrétion salivaire. On a donné à ce phénomène le nom de réflexe conditionné, par opposition aux réflexes innés que chaque individu a dès la naissance. Cela a mis à jour la mobilité de la relation entre le cerveau et un organe digestif. Au départ c’est la vision de la gamelle qui produit la salivation. Cela aurait pu autant être l’odeur de la nourriture. Puis, moyennant un conditionnement, l’audition devient à elle seul stimulus de la sécrétion salivaire. C’est l’illustration simplifiée du fonctionnement psychosomatique. L’organe, la glande salivaire, obéit aveuglément au cerveau comme le conditionnement lui a appris à le faire. L’organe ne réagit pas en fonction de l’environnement, il suit ce que le cerveau construit. Et le réflexe conditionné montre que le cerveau peut construire un réflexe sur un stimuli erroné. C’est tout l’intérêt de l’apprentissage de sa relation au corps. Beaucoup de notre relation au corps se construit sur une pyramide de conditionnements, des premiers jours à l’heure présente. C’est là que sont opérantes toutes les techniques de soin qui abordent le malade sur le plan psychologique. La relation au corps s’apprend. Être en bonne santé s’apprend, comme être malade. C’est ce que la médecine d’Hippocrate ajoutait à la médecine de Galien. IL ne suffit pas de s’intéresser aux mécanismes qui ont causé le mal, il faut aussi s’intéresser à la façon dont ce mal transforme la personne, le conditionne. Le soin aussi passera par un conditionnement.

Pavlov a-t-il découvert le chaînon manquant de l’articulation psycho-somatique ?

Le lecteur/regardeur (homme d’esprit et penseur) que nous appellerons amateur critique (spécialiste de l’expression artistique) aurait-il l’esprit et le corps séparés, serait-il sujet à cette dichotomie écartelé entre des méthodes cherchant à s’appuyer sur des mesures objectives de faits observés et d’autres qui optent pour des méthodes basées sur une approche entièrement subjective et introspective des comportements artistiques humains.

Distinguerait-il encore les écoles philosophiques, les sciences humaines des sciences physiques, et par exemple les réalisations conditionnées des réalisations relevant de l’expression de soi (du moi), de l’âme ?

Ou les deux mon général !

Pour Sigmund Freud (1856/1939), l’origine du principe de réalité se lit dans la déception. Dans "le principe de plaisir", (L’Avenir d’une illusion), il nous apprend que l’hallucination serait tout d’abord aussi satisfaisante que la satisfaction en acte. Elle est réinvestissement des traces mnésiques d’une expérience de satisfaction : cette satisfaction est revécue. Par la suite, le réinvestissement se montre moins satisfaisant, et la pulsion nécessitera un autre moyen de réalisation.

Selon un autre modèle, complémentaire, le "principe de réalité" se voit construit alors que le sujet a besoin d’emmagasiner l’énergie pulsionnelle. La modification du principe de plaisir en principe de réalité lie la pulsion, la fait passer d’énergie libre à énergie liée. Ce besoin d’entreposer la "libido" (5) proviendrait de la mise en œuvres de l’attention, de la conscience, de la mémoire, qui supposerait une dépense pulsionnelle élevée, et représentent donc la première forme de sublimation. On peut faire à ce sujet la remarque suivante : les troubles de l’attention sont présents dans la totalité des psychopathologies (6).

A l’extrême, dans la compulsion de répétition observée chez les névrosés de guerre (7), l’événement traumatique, générateur de très fortes tensions, fait sans cesse retour dans le rêve. Dans "le jeu de la bobine" au contraire, l’enfant remet en scène une situation déstabilisante de manière à en acquérir la maîtrise, de sorte qu’au final le jeu est pour lui un moyen de diminuer le déplaisir associé à cette situation (8).

En conclusion de "Au-delà du principe de plaisir", Freud parvient à la conclusion paradoxale que principe de plaisir et pulsion de mort ne s’opposent pas, ne sont pas contraires: dans la mesure en effet où le plus bas niveau de tensions (niveau que le principe de plaisir veut atteindre) correspond en définitive à l’état de repos du non-vivant, le principe de plaisir est au service de la "pulsion de mort". Dans "Malaise dans la culture" (1929) (9), Freud parvient à la conclusion que c’est ce "combat éternel" entre l’Éros et la "pulsion de mort" qui a déterminé de manière fondamentale le développement de la culture humaine et a joué un rôle primordial dans la formation du surmoi.

En son temps, l’exposé de cette pulsion provoquera moult débats et encore aujourd’hui, beaucoup n’admette pas que le "Surmoi" fasse de l’ "homo sapiens sapiens" le précurseur d’un "homo sociabilis"… (10). mais il est encore loin d’une réelle reconnaissance d’autrui et encore moins de soi.

A ce propos, lire absolument : "Ecce Homo : Comment on devient ce que l’on est ? " de Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844/1900) (11).

Pourtant, il convient surtout d’aller vers le développement du "Soi" plutôt que vers la suppression du "Surmoi" (12). Beaucoup de débutant artiste cherche à débrider leur "Surmoi", là, où il conviendrait de ne pas confondre l’individuation avec l’individualisme, mais dans ces domaines de "projection", à chacun son film (13).

Pour tenir le coup et être en l’absence de "trichotomie", les artistes s’automédicaliseraient-ils ou s’autoconditionnent-ils, ou doivent-ils se faire confiance ?

« L’équité est une justice en dehors de ce que la loi ordonne. » Aristote (14).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie :

-1- Joseph Almoq, What Am I? Descartes and the Mind-body problem, éd. Oxford niversity Press Inc., 2004.

-2- Henry David Thoreau, Guillaume Villeneuve, La désobéissance civile, éd. Mille et une nuits, 1997.

-3- Juan-Maria Laboa, traduction Paul Kessler, Atlas historique de l’Eglise à travers les Conciles, éd. Desclée de Brouwer, coll. Beaux Livres, 2008.

-4- Henri Laborit, Inhibition de l’action, éd. Masson Paris & Presses Universitaires de Montréal, 1980.

-5- Paul Sollier, Les phénomène d’autoscopie: l’hallucination de soi-même, éd. L’Harmattan, coll. Psychanalyse et civilisations, 2006.

-6- Henry Thomas, Les refus de la réalité: Notre identité en souffrance, éd. Imago, 2005.

-7- Louis Crocq, Les tramatismes psychiques de guerre - les névrosés de guerre, éd. Odile Jacob, 1999.

-8- Donald Woods Winnicott, traduction de Claude Monod et J.-B. Pontalis, Jeu et réalité, éd. Gallimard, coll. Folio, 2002.

-9- Sigmund Freud, Malaise dans la culture, éd. PUF, coll. Quadrige Grands textes, 2004.

-10- Loïc Malnati, Yves Coppens, Jacques Malaterre, Frédéric Fougea, Pierre Pelot, Homo sapiens : il va changer la face du monde, éd. Bamboo, coll. Angle de vue, 2005.

-11- Friedrich Wilhelm Nietzsche, Ecce Homo: Comment on devient ce que l’on est ?, éd. Mille et une nuits, 1997.

-12- Saverio Tomasella, le Surmoi, il faut, je dois..., éd. Eyrolles, coll. Les mots de la psychanalyse, 2009.

-13- Virginie Megglé, La projection : A chacun son film..., éd. Eyrolles, coll. Les mots de la psychanalyse, 2009.

-14- Aristote, Richard Bodéüs, De l’âme, éd. Flammarion, coll. Garnier Philosophique, 1999.

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