NARRATION ET CROYANCE.


4 dessins, "Eclat", "Eclat Picasso", "L’Inconnu", "Extra Joconde", 1972, mine de plomb et crayon de couleur sur papier 70 x 50 cm.

« Sauvé des flots, je trouve mon premier abri sur les rives des Strophades. Ces Strophades, ainsi désignées d’un nom grec, se dressent dans la grande mer Ionienne, îles qu’habitent la sinistre Céléno et les autres Harpyes. Jamais plus sinistre monstre, jamais fléau, jamais courroux divin n’a surgi plus cruel hors des ondes du Styx Vîsages de vierge à des oiseaux, déjections horribles, mains crochues, un teint toujours blême de faim. » Les Harpies. Énéide, Virgile (-70 à -19) (1).


L'Inconnu.

« J'ai voulu mourir comme j'ai vécu : en homme libre », célèbre phrase de l’auteur de "L’Almanach perpétuel des Harpies", Gabrielle Wittkop (1920-2002) (2).

Les harpies sont des divinités de la dévastation. Plus rapides que le vent, invulnérables, caquetantes, elles dévorent tout sur leur passage, ne laissant que leurs excréments. Ces quatre dessins intitulés "Eclat", "Eclat Picasso", "L’Inconnu", "Extra Joconde", sont narratifs et traite du thème des harpies. Le milieu dans lequel évoluent les personnages-cellules est plus riche, il y a projection d’éléments étrangers parasitaires, dévastateurs et dévorateurs, j’en ai connu.

Dans le dessin-collage intitulé "L’Inconnu", j’ai injecté dans le liquide de préparation des cultures quelques éléments du milieu visuel extérieur comme la photo d’un inconnu, le champignon d’une explosion atomique, une tête en bronze du XIII e. siècle d’Ifé (Vieille citée Yoruba au sud-ouest du Nigeria en Afrique) et des points d’interrogation en bulle. Le bouillon de culture de "Eclat Picasso", est constitué d’une explosion graphique publicitaire sur de nuage et arc-en-ciel avec une œuvre de Pablo Picasso intitulée "La femme qui pleure" (Dora Marr, 1937, de la Tate Gallery de Londres). Dans "Extra Joconde", j’ai minutieusement mélangé à la pipette une mixture de cellules personnages de mon cru dans un bain nutritionnel composé du portrait de "Mona Lisa", en noir et blanc, en bas duquel grille la mèche d’une bombe sous le mot "SEXE", de la trajectoire d’une balle qui se dirige vers la tempe de la Joconde, "BANG" et de divers graphismes commerciaux infectieux.

En 1972, un an avant sa mort Pablo Picasso (1881-1973) (3) était encore vilipendé par les Harpies tout comme la Joconde portrait de Mona Lisa del Giocondo (1479/1542), réalisé à l’huile sur bois de peuplier (77x53 cm.) entre 1503 et 1506 par Leonardo di ser Piero da Vinci appelé en français Léonard de Vinci (1452-1519) (4), portrait culte, actuellement exposé au Louvre. L’un et l’autre étant devenus la cible obsessionnelle des iconoclastes jaloux de la passion des iconodules.

En art comme en biologie rien n’est fixe, tout se transforme tout n’est qu’éternel recommencement (5). Mais saviez vous que quand la cellule reçoit un certain signal de son environnement, elle va exprimer un programme entraînant sa mort. Ce phénomène est nécessaire au développement des organismes pluricellulaires, autant chez les végétaux, que chez les animaux. Pendant la vie intra-utérine lors de la mise en place de la main chez l’homme, on a initialement une main palmée, la mort des cellules permet l’individualisation des doigts.

Quand le médecin allemand, fondateur de l’anatomie pathologique (6) moderne, Rudolph Ludwig Karl Virchow (1821-1902), affirma en 1858 que les cellules naissent du résultat de la division cellulaire il ne savait pas qu’il allait remettre sur le tapis en termes cellulaires la question de l’œuf et de la poule. C’est précisément cette partie qui est attaquée par les tenants du "créationnisme" ou de son dernier avatar, le "dessein intelligent". Le "créationnisme" est le postulat, selon laquelle la terre, et par extension l’univers, a été créé par un être supérieur, dieu. Il constitue notamment, l’une des croyances des trois principales religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) qui partagent le "Livre de la Genèse" (7). La plupart des traditions religieuses postulent, de manières très diverses, la création du monde par des puissances créatrices divines.

Le "créationnisme monothéiste" désigne aujourd’hui principalement l’opposition à la théorie de l’évolution formulée par le naturaliste anglais Charles Darwin (1809-1882) (8). L’antagonisme entre créationnistes et scientifiques est particulièrement intense aux Etats-Unis, pays d’arbitrage médiatique populiste.

Loin d’être une antithèse constructive, le "dessein intelligent" (Intelligent Design en anglais) se présente comme une thèse selon laquelle « certaines observations de l’univers et du monde du vivant sont mieux expliquées par une cause intelligente que par des processus aléatoires tels que la sélection naturelle. » Cette doxa a été développée par le "Discovery Institut", un cercle de réflexion conservateur chrétien américain.

Le "dessein intelligent" est présenté comme une théorie scientifique par ses promoteurs Mais dans le monde scientifique, il est considéré comme relevant de la pseudo-science, tant par des arguments aussi bien internes à la biologie qu’épistémologiquement. La plupart des commentateurs y voient une résurgence du "créationnisme", dissimulée sous une apparence de scientificité, et les Américains la classent désormais dans les théories néo-créationnistes, en particulier suite à la publication du "Wedge document" (9).

D’un point de vue idéologique, les deux thèses sont apparentées (intervention d’une puissance supérieure). "La Stratégie du Coin" (Wedge Strategy), est un plan d’action social rédigée en 1998 aux États-Unis ayant pour but de promouvoir des thèses anti-darwiniennes et/ou anti-évolutionniste, et de remplacer la science matérialiste par une science plus en adéquation avec la foi chrétienne pour refléter les valeurs conservatrices afin de renouveler la culture américaine.

Nous savons tous que la réfutation (10) du "géocentrisme" ne fut seulement établie qu’après la publication de nombreuses recherches comme : "Héliocentrisme" (1515) du médecin, astronome et chanoine polonais Nicolas Copernic (1473-1543) (11), "Abjuration" (1633) du physicien et astronome italien Galileo Galilei Galilée (1564-1642) (12), "Les Lois" (1609/1618) de l’astronome allemand Johannes Képler (1571-1630) (13) et "Etablissement du modèle mathématique" (1687) du philosophe, mathématicien, physicien, alchimiste et astrologue anglais Isaac Newton (1643-1727) (14).

On voit par cette liste non exhaustive de publications scientifiques radicales, que la validation complète d’une hypothèse est un long processus et que les croyances ont la vie dure.

Finissons-en avec cette vieille baderne et visitons une autre toute aussi folle caricature existentielle, une autre forme de névrose collective tout à fait intemporelle.

Le "pastafarisme", "Flying Spaghetti Monsterism", mot humoristique faisant référence aux pâtes et au mouvement "rastafan", est une parodie de religion créée par Bobby Henderson, un diplômé de physique de l’Université d’Etat de l’Oregon, USA, pour protester contre la décision du Comité d’Éducation de l’État du Kansas de permettre au "dessein intelligent" d’enseigné dans les cours de science au même titre que la "théorie de l’évolution".

Le mouvement "rastafari" est un mouvement religieux dont le nom "Rasta", provient de celui, divin, "de Sélassié" : "le Ras" (tête, correspond étymologiquement et protocolairement à son titre de duc). Nous parlons du "Négus" (roi des rois) et "Tafari", autrement dit : Celui qui sera Craint en langue Amharique (deuxième langue sémitique la plus parlée au monde, après l’arabe notamment en Etiopie), prénom donné à Hailé Sélassié 1er. (1892-1975), empereur d’Ethiopie (1930/1974) (15). Il est considéré comme un personnage sacré du fait de son ascendance qui remonterait aux rois bibliques Salomon et David selon l’église orthodoxe éthiopienne.

Pour la plupart des occidentaux la culture "rastas" a des points de repère caricaturaux: capillaires tels que les "dread locks", stupéfiants avec la "ganja", musicales avec le "reggae", dont l’idole incontestable est le chanteur Bob Marley (1945-1981), originaire de Kingston en Jamaïque (16).

Pour les "Rastas" des Caraïbes, leurs racines sont en Afrique, dont ils ont été arrachés après avoir été mis en esclavage dans la Babylone moderne des amériques. Ainsi, l’accomplissement des Écritures implique le retour à la terre promise, qui est pour eux l’Éthiopie. Déjà les Grecs quand ils commencèrent à visiter l’Afrique (v. 600/500 av. J.-C.), avaient entendu parler par les Égyptiens du pays de Kush.

« L’or y était alors en abondance, ainsi que les épices et toutes sortes de fruits et d’animaux rares : un pays de rêve appelé “Uthiopia”. »

« Il est sans doute permis de dire, dans l’ensemble, que ce sont les périodes d’incertitude, d’inquiétude, voire de souffrance, qui sont surtout favorables à l’apparition de récits de ce genre. Lorsque beaucoup d’hommes, la majorité des hommes, peut-être, sont contraints de se replier sur eux-mêmes, ils cherchent dans leur imagination ce que la réalité leur refuse, et l’on voit fleurir les utopies. » Régis Messac (1893-1945) (17).

Il est tant de faire une petite synthèse de cette histoire de mise en boite (de Petri). Pour cela, confrontons, donc, notre thèse qui répond à la question : « La science peut-elle être inspiratrice de l’art ?», à l’antithèse : «L’art est-il une pseudo-science ?»

Tout ce qui a été énoncé jusqu’à présent tant à le prouver, les réponses ne peuvent qu’être catégoriques:

« Oui ! Mes dessins au crayon de couleur de 1972, sont bien directement influencés par des observations de biologie cellulaire intégrées à un âge très jeune, dans le laboratoire de mon père ! Et, Non ! La création artistique n’est pas une science qui a permis à des souvenirs refoulés de remonter à la surface de ma conscience iconographique! »

Foutaises ! Crient les gens qui jouent au "business loto".

Mais on peut tempérer ces deux réponses en les rassemblant en une phrase plus consensuelle : Cette expression d’expérience émotionnelle passée est bien le fruit d’un effort d’introspection mais pas uniquement car il y a eu dans ces travaux d’autre facteur d’influence qui ont pu rester inconscient ! Cette réponse est à mitiger : L’introspection n’est peut-être pas volontaire puisque les observations, les méthodes et les résultats sont incomparables ! Cette proposition, cette argumentation et cette démonstration sont donc réfutables.

Le philosophe Gaston Bachelard (1884-1962), dénonce l’opinion que nous laisse l’expérience empirique et son influence sur la connaissance scientifique : « Le réel n’est jamais ce que l’on pourrait croire, il est toujours ce qu’on aurait dû penser », dit-il. La connaissance scientifique consistera à revenir sans arrêt sur le déjà découvert (18).

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie :

-1- Virgile, Jacques Perret, Énéide, éd. Gallimard, coll. Folio, 1991.

-2- Gabrielle Wittkop, Almanach Perpetuel des Harpies, éd; L'Ether Vague Patrice Verdier, coll. l’Ether Vague, 2002.

-3- Guitemmie Maldonado, Lire la peinture de Picasso, éd. Larousse, coll. Comprendre et reconnaître, 2007.

-4- Cécile Scailliérez, Léonard de Vinci, La Joconde, éd. RMN, coll. Solo, 2003.

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