6-LAJAUNIE


"Lajaunie", 2006, acrylique sur toile, 80 x 40 cm.

« Le temps est le plus sage de tous les conseillers. » Périclès (-495 à -429) (1).


Secret.

La boite de cachou "Lajaunie" que nous voyons dans cette peinture intitulée "Lajaunie", vient d’être entièrement consommée, elle est donc vide.

Le pendentif éléphant, la pince à linge rouge, l’indien fumant le calumet, le personnage tenant une barre des deux mains, la Poupée russe et l’Auto mécanique sont en réalité des objets minuscules. Ils figurent d’habitude en bonne place devant les livres sur la bibliothèque de la maison. La Boite à santal qui sert de fond a été emprunté à la collection de boite de Catherine. Dans cette peinture, elle représente la fameuse "boite de Pandore".

Prométhée pour protéger les hommes y avait enfermé tous les maux de l’humanité, notamment la vieillesse (L’indien fumant le calumet), le travail (La pince à linge rouge), la maladie (Le personnage tenant une barre des deux mains), la folie (L’auto mécanique), le vice (La poupée russe), la tromperie (pendentif éléphant) et la passion (La boite de cachou Lajaunie). Seule l’espérance (Le bois de santal) y est restée enfermée.

Dans la mythologie grecque, Prométhée donna le feu aux hommes. Zeus, trahi par ce vol, ou don, du point de vue des humains, jura de se venger. Il donna l’ordre à Héphaïstos de fabriquer une femme en argile, aux quatre vents d’insuffler la vie en elle et à toutes les déesses de l’Olympe de la parer. Cette femme, Pandore, la plus belle qui fût jamais créée, Zeus l’envoya en présent à Épiméthée “celui qui réfléchit après coup”, frère de Prométhée, sous l’escorte d’Hermès. Mais Épiméthée, qui avait été prévenu par son frère de n’accepter aucun cadeau venant de Zeus, s’excusa respectueusement et refusa son présent. De plus en plus irrité, Zeus fit enchaîner Prométhée, nu, à une colonne dans les montagnes du Caucase où un vorace vautour lui dévorait le foie toute la journée, du début à la fin de l’année. Et il n’y avait pas de terme à sa souffrance, car toutes les nuits (au cours desquelles Prométhée souffrait cruellement du froid et du gel), son foie se reconstituait.

Épiméthée, très ému du sort de son frère, s’empressa d’épouser Pandore, que Zeus avait faite aussi sotte, aussi méchante et aussi paresseuse qu’il l’avait faite belle, et elle fut la première d’une très longue série de femmes semblables à elle. Peu après, elle ouvrit une jarre, que Prométhée avait recommandé à son frère de tenir close et dans laquelle il avait eu le plus grand mal à enfermer tous les maux capables d’affliger le genre humain.

Tous les maux se répandirent au-dehors en une immense nuée et piquèrent Épiméthée et Pandore sur toutes les parties de leurs corps puis s’attaquèrent aux mortels.

Cependant la trompeuse Espérance, que Prométhée avait aussi enfermée dans la jarre (la boite), les dissuada, par ses mensonges, d’un suicide général. La raison de la présence de l’Espérance avec les maux est à chercher dans une meilleure traduction du texte grec. Le terme exact est elpís, qui se définit comme l’attente de quelque chose ; on l’a traduit par espoir, sûrement à tort. Une meilleure traduction aurait été l’anticipation, voire la crainte irraisonnée ; ainsi les Elpides sont les divinités des craintes. Grâce à la fermeture opportune de la boite (ou jarre) par Pandore appelée parfois aussi Anésidora « celle qui fait sortir les présents des profondeurs », les hommes ne souffriront que des maux, pas de l’attente de ces maux, qui est le pire probablement de tous. Ils ne vivront pas dans la crainte perpétuelle des maux à venir, donc leur vie sera vivable. Prométhée se félicite ainsi d’avoir délivré les hommes de l’obsession de la mort (2).

En quelque clic, bientôt n’importe qui pourra tout savoir, Google compile tout le savoir du monde, tel Prométhée dans la boite de Pandore numérique et les zappeur de la civilisation de d’image en attende beaucoup. (3)

Les Grecs anciens ignoraient le "libre arbitre", n’ayant pas la notion de volonté mais plutôt celle d’acte volontaire. Dans "l’Éthique à Nicomaque" (4), Aristote définit le volontaire par l’union de deux facultés : la spontanéité du désir (agir par soi-même), dont le contraire est la contrainte, et l’intentionnalité de la connaissance (agir en connaissance de cause), dont le contraire est l’ignorance.

Spinoza définit le bien au début de la partie IV de l’Éthique (5): « Ce que nous savons avec certitude nous être utile. » et dans Éthique IV, proposition 68: « Si les hommes naissaient libres, et tant qu’ils seraient libres, ils ne formeraient aucun concept du bien et du mal (…) (car) Celui-là est libre qui est conduit par la seule raison et qu’il n’a, par conséquent que des idées adéquates. »

Aujourd’hui, la physique moderne élimine la connaissance des causes sans faire de l’indétermination quantique la preuve d’un hasard essentiel: « la croyance en la relation de cause à effets, c’est la superstition » Ludwig Josef Johann Wittgenstein (1889-1951) dans "Tractatus logico-philosophicus" (6).

« Non, je ne veux pas parler de ça. Pour moi, c’est une catastrophe philosophique, c’est le type même d’une école, c’est une réduction de toute la philosophie, une régression massive de la philosophie. C’est très triste (...). Ils ont foutu un système de terreur, où sous prétexte de faire quelque chose de nouveau, c’est la pauvreté instaurée en grandeur. Il n’y a pas de mot pour décrire ce danger-là. C’est un danger qui revient, ce n’est pas la première fois (...). C’est grave, surtout qu’ils sont méchants, les wittgensteiniens. Et puis ils cassent tout. S’ils l’emportent, alors là il y aura un assassinat de la philosophie. C’est des assassins de la philosophie. Il faut une grande vigilance... » Gilles Deleuze (1925/1995), dans "L’Abécédaire à la lettre W " (7).

Souriez!

Jean-Bernard Pouchous - 2007.

Bibliographie :

-1- Claude Mossé, Périclès, l’inventeur de la démocratie, éd. Payot, coll. Biographie 2005.

-2- Louis Séchan, le mythe de Prométhée, éd. PUF, coll. Mythes et religions, 1985.

-3- Enrico Fulchignoni, La civilisation de l’image ou les boites de Pandore, éd. Payot, 1975.

-4- Aristote, Jules Tricot, Ethique à Nicomaque, éd. Vrin, coll. Bibliothèque des textes philosophiques, 1994.

-5- Baruch de Spinoza, L’Éthique, Folio, éd. Seuil, coll. Points Essais, 1999.

-6- Ludwig Josef Johann Wittgenstein, Gilles-Gaston Granger, trad. Bertrand Russel, Tractatus logico-philosophicus, éd. Gallimard, coll. Tel, 2001.

-7- Gilles Deleuze, L’Abécédaire coffret de 3 DVD, éd. Montparnasse, 2004.

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