4-SONATE DE LA SARDINE


"Sonate de la sardine", 2007, acrylique sur toile, 80 x 40 cm.

« Un objet qui soit comme un vrai objet et qui soit faux, c’est le véritable vrai, c’est la vérité du théâtre.» Louis Jouvet (1887-1951) (1).


La sardine de carnaval.

En haut de la composition de la peinture intitulée "Sonate de la sardine", se trouve un faux nez en caoutchouc, de déguisement pour carnaval. Ce nez est une tête de sardine gris argenté. Elle est accrochée par un élastique au sommet d’une construction faite d’un châle en soie moirée de couleur bleu pétrole. Le tout est posé sur un trépied doré replié sur lui-même. Complètement déplié, ce trépied sert à un instrumentiste ou un interprète pour porter la partition d’une composition musicale pendant un concert ou une répétition. Je me sers souvent de ce trépied à l’atelier quand je peins. Il porte divers éléments iconographiques préparatoires nécessaires à la réalisation d’une oeuvre. Le fond est un plaide de laine beige, sur lequel court en bleu une frise géométrique grecque.

Quand je regarde cette toile, le premier souvenir qui me vient à l’esprit c’est le Carnaval de Bâle (2) en 1989 à 4 heures du matin. Je me souviens que nous sommes tous allé, mon épouse Catherine, les enfants et moi, assister à son apparition matinale dans la ville suisse allemande. Les festivités durent exactement 72 heures et démarrent toujours le lundi suivant le mercredi des Cendres, jour de pénitence qui marque le début du carême pour les catholiques. Le Morgenstraich (ou Morgenstreich), est un défilé de lanternes, des cliques déambulent dans les rues de la ville, envahissent les pintes et les commerces. Pendant le carnaval les fifres et tambours résonnent dans toute la ville de Bâle et ceci pour le plaisir de toute la population locale ainsi qu’aux touristes qui y viennent en grand nombre.

D’amblais, l’ambiance nous plonge dans les aventures de l’illustre fou, jongleur de mots et fin connaisseur de la condition humaine que fut Til l’espiègle (v. 1300/1350) (3).

On dit que l’air de fifre joué par les Bâlois, pendant le carnaval, est le même que celui joué par un héros local qui serait venu débarrasser la ville des rats et de la peste en les charmant de son instrument pour les entraîné se noyer dans le Rhin, tout proche. On dit aussi que le plus haut dignitaire de la ville n’ayant pas cru bon de rémunéré le travail de ce héros, celui-ci, repris son fifre et en joua mais cette fois-ci pour entraîner tous les enfants de Bâle à sa suite dans le fleuve.

Le Schnizelbank est l’une des attractions majeures de ce carnaval bâlois. Les schnitzelbanks sont des poèmes satiriques mais amusants sur les erreurs des dirigeants politiques ou économiques de la région. Particularité de la ville de Bâle, il n’existe pas de fonction de maire, curieux !

La "Fête des fous" comme Carnaval est empreinte de culture païenne, ancestrale et immuable, mais les fêtes des fous plus médiévales, plus anciennes historiquement, sont davantage liées aux conflits qui agitent les autorités ecclésiastiques catholiques mais aussi protestantes alors que dans les Carnavals actuels témoignent de la montée en puissance des institutions municipales, ils sont riches de contestations sociales, ces cavalcades folles, ces fêtes extravagantes, expriment toutes les problèmes sociaux et politiques de leur temps. (4).

D’où l’importance de l’expression suisse populaire pour désigner un groupement politique "former une sacré clique! ".

J’aimerais que ce carnaval dure encore cent générations de Bâloises et Bâlois. Dans cette peinture, intitulée "Sonate de la sardine", le personnage bizarre ainsi créé par détournement d’objet doit être interprété ainsi (de haut en bas) : Tête (tête de sardine) + corps (trépied porte partition) + vêtement (châle en soie) + frise grecque sur plaide = "un pied de nez", non ! - "ça sent à plein nez la sardine", non !

Bon si le sens de tout çà vous "passe sous le nez" vous risquez de m’ "avoir dans le nez" !

Alors je vous donne la réponse sans attendre : Il s’agit d’une représentation originale du texte le "Petit Prince" (5), publié en 1943 à New-York par l’auteur-aviateur de "vol de nuit" (6), Antoine Marie Jean-Baptiste de Saint Exupéry (1900-1944), surnommé Saint-Ex.

Till l’Espiègle devait sûrement être le joueur de fifre au pouvoir inconnu des notables de Bâle dont les enfants se jetèrent dans le Rhin comme des rats. Till tel le malin renard enseigna le "petit prince" pour qu’il découvre la profondeur de l’amitié : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.- Tu es responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. - C’est le temps que tu as perdu pour ta rose, qui fait ta rose si importante ».

Vous connaissez la musique !

Jean-Bernard Pouchous - 2009.

Bibliographie :

-1- Louis Jouvet, Témoignages sur le théâtre, éd. Flammarion, coll. Champs Art, 2009.

-2- D. Fasnacht, Guy Curdy, Gabrielle Curdy, Le carneval des Bâlois, éd du Gabou, Bâle, 2001.

-3- Gisela Fischer, Jean-Paul Barthe, Til l’espiègle, éd. Chantecler, 1987.

-4- Jacques Heers, Fête des fous et carnavals, coll. Pluriel Histoire, Hachette Littératures, 2007.

-5- Antoine de Saint Exupéry, Le Petit Prince, éd. Gallimard, coll. Folio, 1999.

-6- Antoine de Saint Exupéry, Vol de nuit, éd. Gallimard, coll. Folio, 1972.

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